Les Ateliers urbains à la Médiathèque de Bruxelles-Centre

Les Ateliers urbains proposent depuis trois ans une réflexion sur la ville à travers des ateliers créatifs et itinérants destinés aux habitants de Bruxelles. Produit par le Centre Vidéo de Bruxelles (atelier de production de films documentaires, associatifs, d’ateliers et de « Sur les docs » sur Télé Bruxelles) et Plus Tôt Te Laat (association créée par des chômeurs et des artistes proposant des ateliers sur un mode collectif), le projet a déjà donné naissance aux films collectifs « Flagey » (2010) et « Le grand Nord » (2011), ainsi qu’à l’exposition collaborative « BXXL » (2012). C’est fort de cette matière que les Ateliers urbains investissent la médiathèque de Bruxelles-Centre pour le quatrième volet de leur série d’ateliers. A l’occasion de la sortie de leur premier DVD dans la collection de la Médiathèque, ils proposeront pendant un mois une exposition et trois ateliers dont le résultat sera présenté le 25 avril.

• Expo du 4 avril au 4 mai.
• Vernissage : jeudi 4 avril à 18h30
(ouverture de l’exposition et présentation des Ateliers urbains avec projection d’extraits de films, de bonus et de courts métrages).
• Finissage : jeudi 25 avril à 18h30 (présentation du résultat des ateliers organisés pendant la période de l’exposition).

Ateliers

• Vidéo : La transformation

Mardi 9, mercredi 10 et jeudi 11 avril de 10h à 18h
Le Passage 44, construit sur les ruines du quartier des Bas-Fonds dans la foulée des travaux de la Jonction Nord-Midi, s’apprête à connaître une nouvelle transformation… Après une initiation à l’usage de la caméra et au montage, chaque participant à l’atelier partira d’une image ancienne de Bruxelles et tournera un plan séquence du même lieu. L’ensemble composera une série de cartes postales vidéo portant un regard actuel sur la métamorphose sociale et urbanistique de cette partie de la ville. Le matériel vidéo sera mis à disposition des participants.
Animé par : Gwenaël Breës & Axel Claes.
Maximum 10 participants.

• Affiches : Le déménagement

Samedi 20 avril de 11h à 19h
Exprimez-vous sur la thématique du déménagement en général et de celui de la Médiathèque qui est prévu en septembre 2013, par le biais du texte, de la photo, du collage ou du dessin. Nous réaliserons collectivement des affiches et les imprimerons dans la foulée en stencil. Elles seront ensuite mises à disposition des usagers de la Médiathèque du Passage 44. Nous fournissons le papier et la stencileuse. Amenez tout ce qui vous semble utile pour réaliser vos affiches : crayons, gommes, marqueurs noirs, images, ordinateur portable… et vos idées.
Animé par : Gwenaël Breës & Axel Claes.
Maximum 12 participants.

• Son & photo : Le déménagement

Lundi 22 et mardi 23 avril de 10h à 18h
A Bruxelles, à l’exemple de la Cité administrative de l’Etat, le mot déménagement est souvent synonyme de démolition et de reconstruction. A travers quelques cas emblématiques de bâtiments dans le quartier, nous retracerons l’histoire de ces déménagements, des surfaces inoccupées et des grands travaux pas toujours utiles qu’ils engendrent cycliquement. Les sons collectés lors du premier jour d’atelier seront associés aux photos prises le lendemain par les mêmes participants pour composer un diaporama sonore. Amenez votre appareil photo, nous fournissons l’enregistreur son.
Animé par : Maxime Coton (son) & Cécile Michel (photo).
Maximum 8 participants.

La participation aux ateliers est gratuite mais la réservation indispensable par email : contact@ateliers-urbains.be (le lieu de rendez-vous et autres détails pratiques seront communiqués avec la confirmation de l’inscription).

Les Ateliers urbains, une réflexion sur la ville

- Un article de Monde qui bouge, 25 février 2013

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Quel rapport entretenez-vous avec l’espace urbain? C’est la question que pose le projet « Ateliers urbains » aux habitants de Bruxelles. En partant  des représentations mentales des participants, les animateurs les amènent à poser un regard critique, transversal et poétique sur la ville. À l’issue de la troisième édition, Monde qui Bouge a rencontré Gwenaël Breës et Axel Claes, coordinateurs et animateurs de ces ateliers créatifs.

Monde qui Bouge : Les « Ateliers urbains », cela consiste en quoi ?

Gwenaël Breës : C’est un projet lancé par le Centre Vidéo de Bruxelles (CVB) et Plus Tôt Te Laat (PTTL). L’idée de départ, c’est de proposer des ateliers de création et de réflexion aux habitants de différents quartiers à Bruxelles, sur des thématiques urbaines. En 2009, on a travaillé durant un an à Flagey avec une douzaine d’habitants et de travailleurs du quartier pour réaliser un film qui s’appelle « Flagey ». En partant du même principe, on a réalisé l’année suivante un film avec des habitants du quartier Nord, « Le grand Nord ».

Axel Claes : Plus Tôt Te Laat (PTTL) est né en 1998, à l’initiative de chômeurs et d’artistes, dans le bureau de pointage de Saint-Josse. Cette association s’organise autour de deux pôles : d’une part les ateliers vidéo, de l’autre l’édition d’affiches et de brochures imprimées en stencil. PTTL travaille toujours sur un mode collectif ou collaboratif et possède une expertise dans l’animation d’ateliers vidéo.

Pourquoi avoir axé vos ateliers sur le rapport à l’espace urbain ?

G.B. : L’urbanisme nous conditionne tous au quotidien, mais les processus d’élaboration de l’aménagement territorial sont très souvent opaques et peu compréhensibles. Laisser ces débats avoir lieu dans des cercles clos et sous un angle hyper technique est une manière de les confisquer pour les laisser dans les seules mains des « experts ». Par contre, être conscient des acteurs et des intérêts en présence, des processus de décisions urbanistiques, les rendre davantage visibles et produire de l’information autour, c’est déjà créer une capacité d’action.

A.C. : Je viens du monde des arts plastiques où l’idée de se promener en ville et de dériver est une source d’inspiration. De plus, la recherche de formes collectives d’expression fait partie de mon approche artistique. Il y a 12 ans, il  y avait un contrat de quartier dans ma rue, durant lequel j’ai vécu des formes de participation institutionnalisée. Ce fut un déclic pour moi : je me suis dit, ça intéresse mes voisins, donc je peux faire quelque chose avec eux!

Comment choisissez-vous les quartiers et le public cible de vos ateliers ?

G.B. : Nous choisissons des endroits où les habitants sont confrontés à des mutations urbanistiques. La place Flagey a subi une série de transformations commerciales et sociales, notamment. Quant au quartier Nord, c’est un quartier populaire qui a été démoli, puis reconstruit en quartier d’affaires. Quarante ans après, les travaux ne sont toujours pas terminés, alors que des gens y vivent.

Vous utilisez les cartes mentales comme point départ pour travailler dans vos ateliers vidéo. En quoi la réalisation d’une carte mentale est intéressante pour comprendre les représentations des habitants ?

G.B. : Une fois qu’on rencontre quelqu’un qui est intéressé à s’impliquer avec nous, nous organisons une rencontre individuelle avec cette personne et nous lui posons une série de questions sur les endroits qu’il fréquente, ses modes de déplacement, sa perception de la ville… Ensuite, on lui demande de dessiner tout cela. Certaines personnes ne dessinent que leur quartier car elles y passent le plus clair de leur temps ; d’autres ont une vision plus étendue. Lorsque tous les participants ont produit leur carte, on les réunit et on leur demande de se présenter, non pas en fonction des réponses habituelles (nom, prénom, âge, origines…), mais par rapport à ce qu’ils ont dessiné, leurs connaissances et leurs perceptions de la ville. De là naissent des discussions intéressantes. Par exemple, à Flagey, quasi personne n’avait dessiné le canal ou ne pouvait représenter ce qui existe au-delà… C’est un point de départ pour une création vidéo collective.

Vous partez des représentations subjectives que les habitants ont de leur quartier, pour les amener à traiter de thématiques transversales et plus globales. Quelles sont les thématiques qui vous tiennent à cœur ?

G.B. : Trois grands axes guident notre réflexion. Premièrement, nous privilégions une approche transversale de la ville, via des thèmes comme l’espace public en tant que bien commun ou la dualisation sociale (accès au logement, gentrification, etc.). Mais aussi, plus largement, nous nous intéressons à la mémoire de la ville et des luttes urbaines. On a tendance à oublier les raisons pour lesquelles la ville a évolué dans un sens plutôt que dans un autre. On ne se souvient plus de ceux qui ont résisté, des rapports de force qui ont existé autour de tel ou tel projet, de ce qu’était la ville avant « le tout à la voiture », etc. Selon nous, construire une mémoire collective de la ville permet de mieux comprendre son développement et d’agir sur des éléments actuels. Enfin, notre approche consiste aussi à poser un regard décalé sur la ville, et donc privilégier l’imaginaire et la poésie.

Début janvier, dans le cadre de la troisième édition des Ateliers urbains, vous avez organisé une exposition au Pianofabriek présentant le travail des habitants de différents quartiers : affiches, photos, textes, installations sonores et vidéo, cartes mentales… À travers cette variété de supports, les participants ont travaillé sur des thématiques très précises comme le vacarme en ville, le mobilier urbain ou la notion de frontière. Qu’ont-ils raconté sur ces thématiques ?

G.B. : Les frontières et les limites en ville sont des notions qu’on interroge peu. Nous avons tous des raisons plus ou moins conscientes de ne pas nous rendre dans certaines parties de la ville. L’objectif était donc d’amener les participants à décrire par le son ou l’image ce qui, d’après eux, constitue des limites ou des frontières. Ils se sont rendus par petits groupes dans différents quartiers de Bruxelles et ont montré qu’une frontière ou une limite peut être liée à la notion de barrière psychologique, à une distance trop longue à parcourir, une langue différente ou un sentiment de danger. Dans un montage sons et images, ils ont également montré qu’une frontière, c’est aussi une barrière physique : un boulevard, des bandes réservées aux voitures, une ligne de chemin de fer, un palais de justice…

Une série de photos amusantes présentait des participants des ateliers dans des positions saugrenues, accoudés sur une boite aux lettres, couchés, voire coincés entre des bancs publics… Qu’ont-ils voulu exprimer par ces clichés ?

G.B. : Cette série de photos avait pour thème le mobilier urbain que les participants ont tourné en dérision car il est parfois mal pensé, voire mal agencé dans la ville. En fait, ce mobilier est de moins en moins réfléchi pour le confort des corps. Il nous dissuade de traîner dans certains endroits. Il ne faut pas qu’on puisse se coucher ou rester assis trop longtemps. Il faut que tout aille vite, que les gens passent et surtout, qu’il n’y ait pas de clochards qui puissent s’installer. C’est une pensée dominante en matière d’urbanisme, aujourd’hui.

De quoi traitera votre prochain atelier ?

G.B. : Nous préparons plusieurs ateliers. L’un concernera la question des prisons en ville car les établissements de Saint-Gilles et Forest sont amenés à disparaître. Un autre se déroulera en marge d’une exposition au Passage 44, à l’occasion du déménagement de la Médiathèque. Nous allons également travailler pendant plusieurs mois à Cureghem, dans un immeuble de logements sociaux. Les habitants qui y vivent sont attachés ce lieu, mais il nécessite une rénovation lourde. La question qui nous intéresse est notamment celle du relogement des locataires. Enfin, nous lancerons en fin d’année un cycle d’ateliers (photo, écriture, dessin, etc.). L’aboutissement sera la publication d’un journal qui aura probablement comme thème, le mobilier urbain et la privatisation de l’espace public.

• Propos recueillis par Delphine DENOISEUX